Manifeste sur la Perversion

Créer du manque pour créer de l'envie, créer de l'envie pour créer du manque. Voilà la doctrine bien trop souvent suivie par nos sociétés modernes. Seulement, par cette logique la création d’un besoin et d’un manque peut entraîner le développement d’importantes angoisses. Certaines personnes ne pouvant pas les supporter, ou en ayant souffert étant enfant, peuvent se développer sur un mode que l’on nomme la Perversion. Elle se multiplie et crée autour de nous des situations conflictuelles et destructrices pour les personnes victimes.

Le pervers est une personne qui, par l’ingérence de ses angoisses, peut se transformer en un parasite prêt à tout annihiler sur son passage.

D'abord, le pervers s'entoure énormément, la solitude ne demeurant pas envisageable et surtout se voulant insupportable. Il doit pouvoir se sentir Maître et au centre de tous les regards. Il semblerait logique de penser qu’une fois son cercle rassurant créé il puisse se sentir en sécurité, mais ce serait sans penser à la complexité du pervers. Il va progressivement commencer à ressentir le manque, un besoin qu’il ne peut pas assouvir. Ce sentiment n’est pas explicable pour lui. On parle en Psychologie du manque du Père. Par cet enjeu Psychique interne, il va devoir faire baisser les angoisses, il va donc se tourner vers un autre, qui pourrait lui « voler sa place » et il va progressivement le mettre dans la position qu’il aura choisi pour lui, celle du mauvais objet. Ce mauvais objet lui permettra de se rassurer et de maintenir autour de lui ce sentiment de sécurité émotionnelle. Cette personne se voit devenir le responsable de tous les maux du pervers. Il va chercher à développer parmi son entourage les mêmes sentiments négatifs vis à vis du mauvais objet choisi, afin de légitimer ses actes. Progressivement le groupe et le pervers se retournent et resserrent le piège autour du "piégé". Une fois que celui-ci est montré du doigt et sorti du groupe, le pervers doit entretenir l'idée du mal qu'il représente en évoquant par moment des vérités « arrangées ». Tout est étudié pour que le mauvais objet ne puisse pas réintégrer le groupe et risquer de déposséder le pervers de sa place. L'angoisse de manque et l’angoisse d’abandon étant envahissantes chez lui, l'idée reste insupportable et c’est pourquoi il tente tout pour entretenir cette position. Si le mauvais objet ne répond plus aux attentes du pervers, celui-ci déplace son angoisse sur un autre qui lui procurera à nouveau sécurité sur sa place vis à vis du groupe et vis à vis de l'Autre.

La perversion, en couple, est elle aussi visible. Si on y regarde de plus près de nombreux signes sont repérables. Le pervers en couple est souvent dans une relation où son partenaire paraît plus fragile ou discret que lui. Il va souvent en public tourner en dérision ses paroles. Il va se montrer le "leader" du couple mais aussi le "gentil", le "bienveillant" et le "comique". Il est le Tout, Puissant et donne l'impression à son partenaire qu'il est indispensable dans sa vie. Il va créer du manque alors qu'il en est effrayé lui-même. Ce manque créé, l’autre doit se sentir incapable de vivre sans lui et en découle une relation de dépendance très poussée. Le pervers utilise et épuise l'autre afin de répondre à son propre manque, jusqu'à que celui-ci ne soit plus suffisamment bon ou qu’il prenne conscience de la relation de dépendance dans laquelle il est placé. Le pervers s'en détache alors progressivement en s'assurant d'avoir sous son aile un autre partenaire pouvant abaisser ses angoisses.

Ce qui rattache la plupart des pervers c'est cette peur incommensurable de la solitude quelle qu'elle soit. Dans tous les cas de perversions, deux solutions s'offrent à la victime. Elle peut entrer dans ce jeu et tenter par tous les moyens de démontrer au pervers ses bonnes intentions. Elle peut se justifier inlassablement et se confronter au pervers. Pour ma part, je pense que cette éventualité est à la fois éprouvante et destructrice pour la victime.
Il est donc préférable qu’elle puisse ignorer le pervers, se détacher de sa malveillance et elle doit absolument pouvoir rappeler la Loi quand cela est nécessaire. Seul élément qui semble ramener le pervers à la Réalité.
La perversion touche le plus souvent des hommes mais les femmes peuvent se développer également sur ce mode de construction du Moi. Il faut rester vigilant et analyser les situations, si celles-ci vous font penser à ce genre de pathologie.

Enfin, il est important de garder à l’esprit que l'on ne guérit pas le ou la pervers. Pour la seule et unique raison que le pervers n’a pas conscience de son fonctionnement. Quand il est en thérapie, le plus souvent c’est justement pour se plaindre de son mauvais objet, qui lui gâche la vie. La perversion est sans doute La Pathologie de notre nouveau millénaire, elle est plus grave qu’une névrose et se place juste à côté de la Psychose. Malheureusement, cette pathologie est loin d’être sur la voie de l’extinction.